L’ashwagandha, connue sous le nom scientifique Withania somnifera, suscite un intérêt croissant en Europe, notamment dans le domaine des compléments alimentaires. Surnommée « ginseng indien », cette plante médicinale issue de la médecine traditionnelle indienne est aujourd’hui au cœur de nombreux débats scientifiques et réglementaires. Entre enthousiasme pour ses effets adaptogènes et prudence des autorités sanitaires, le point s’impose.

En bref

  • L’ashwagandha, plante adaptogène issue de la médecine ayurvédique, connaît une popularité croissante malgré des incertitudes sur sa sécurité sanitaire.
  • Les autorités de santé comme l’ANSES émettent des réserves en raison de préoccupations sur une possible génotoxicité et des effets endocriniens mal documentés.
  • Si la plante est utilisée pour réduire le stress et améliorer le sommeil, elle peut interférer avec le fonctionnement de la glande thyroïde et augmenter le taux de testostérone.
  • Des effets indésirables, incluant des troubles digestifs, une somnolence et, dans de rares cas, des atteintes hépatiques, ont été observés lors d’essais cliniques.
  • La consommation est fortement déconseillée aux femmes enceintes, aux personnes atteintes de pathologies hépatiques, cardiaques ou thyroïdiennes, et aux mineurs.
  • L’ANSES alerte sur les risques d’interactions avec des traitements médicamenteux, notamment les sédatifs et les immunosuppresseurs, rendant l’avis d’un professionnel de santé indispensable.

Statut de la plante Withania somnifera et inquiétudes des autorités de santé

Évaluations sanitaires sur la consommation de compléments alimentaires

Utilisée depuis plus de 3 000 ans dans la tradition ayurvédique, l’ashwagandha appartient à la famille des Solanacées et pousse principalement en Inde, au Moyen-Orient et en Afrique. Sa racine, dont le nom en sanskrit évoque une « odeur de cheval », est au cœur de préparations en poudre ou en extrait, commercialisées aujourd’hui sous diverses formes. Plus de 250 compléments alimentaires contenant de l’ashwagandha ont été déclarés en France entre avril 2016 et mars 2021, témoignant d’un engouement notable pour cette plante adaptogène.

Pourtant, l’agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, l’ANSES, a émis des réserves importantes. L’ashwagandha ne figure pas dans l’annexe I de l’Arrêté plantes de 2014, ce qui lui confère un statut ambigu dans la réglementation française. Si la liste consolidée de la DGCCRF de janvier 2019 l’intégrait sans restrictions spécifiques, les évaluations ultérieures ont conduit à une position bien plus prudente. La plante n’est pas considérée comme un « nouvel aliment » au sens du catalogue européen Novel Food, sa consommation étant antérieure au 15 mai 1997, mais cela ne suffit pas à garantir son innocuité selon les autorités.

Raisons des restrictions et mises en garde en France

Les inquiétudes portent principalement sur deux points : la génotoxicité potentielle de certains composés de la plante et ses effets endocriniens mal documentés. Ces incertitudes ont conduit plusieurs pays européens à adopter des positions restrictives. Le Danemark a retiré l’ashwagandha des compléments alimentaires en 2023, et d’autres États membres discutent activement d’un encadrement plus strict. En Pologne, des doses maximales ont été imposées. En France, si la plante n’est pas formellement interdite, l’ANSES en déconseille fortement la consommation pour de nombreuses populations, ce qui équivaut dans les faits à une mise en garde sévère sur sa sécurité.

Effets potentiels sur l’organisme et risques d’effets secondaires

Impact sur le stress, le cortisol et les hormones thyroïdiennes

L’ashwagandha est principalement promue pour sa capacité à agir sur le stress et l’anxiété. Des études menées notamment en Inde montrent que la prise d’un extrait de racine pendant 6 à 8 semaines peut effectivement contribuer à réduire les marqueurs du stress, dont le cortisol. Une méta-analyse publiée en 2021 indique qu’une dose d’au moins 600 mg par jour améliore légèrement la qualité du sommeil. Ces résultats issus d’essais cliniques, parfois de type placebo controlled ou randomized study, ont été conduits sur des healthy volunteers et montrent des bénéfices jugés modestes mais réels.

Cependant, l’un des points les plus débattus reste l’interaction de la plante avec les hormones thyroïdiennes. Des données suggèrent que l’ashwagandha pourrait modifier le fonctionnement de la glande thyroïde, ce qui représente un risque non négligeable pour les personnes souffrant de pathologies thyroïdiennes préexistantes. Cette propriété, liée aux withanolides et autres composés phytochimiques actifs, explique en partie les mises en garde répétées des instances de santé.

Effets indésirables observés lors des études et essais cliniques

La consommation d’ashwagandha est généralement bien tolérée sur des périodes d’environ 3 mois, selon plusieurs travaux scientifiques. Cela dit, les effets indésirables existent et méritent attention. Les plus fréquents comprennent :

  • des troubles digestifs comme les nausées, les maux d’estomac ou les selles molles ;
  • une somnolence, particulièrement lorsque la plante est combinée à des traitements sédatifs ;
  • des atteintes hépatiques dans de rares cas, généralement réversibles après l’arrêt de la prise.

Les risques pour le foie, bien que peu fréquents, ont été documentés dans des cas survenus après 2 à 12 semaines de prise. Par ailleurs, l’ashwagandha pourrait augmenter le taux de testostérone, ce qui soulève des questions pour les personnes concernées par un cancer hormonodépendant, notamment le cancer de la prostate. Ces données, issues d’essais cliniques et de rapports de pharmacovigilance, justifient pleinement une approche prudente.

Précautions d’emploi et populations déconseillées

Vigilance pour les femmes enceintes et allaitantes

L’ANSES est particulièrement claire sur ce point : la prise de compléments alimentaires à base d’ashwagandha est fortement déconseillée aux femmes enceintes et allaitantes. Les risques de fausse couche associés à la plante sont documentés, et l’absence de données suffisantes sur le nourrisson en fait un choix à éviter absolument pendant ces périodes. Les enfants et adolescents jusqu’à 18 ans sont également concernés par cette restriction.

Au-delà de ces populations, l’agence déconseille également sa consommation aux personnes présentant des pathologies thyroïdiennes, hépatiques ou cardiaques, ainsi qu’aux individus souffrant d’hyperandrogénie. Cette liste étendue témoigne du fait que, malgré son image de plante médicinale naturelle issue de la médecine traditionnelle indienne, l’ashwagandha n’est pas sans risques pour de nombreux profils.

Interactions médicamenteuses et conseils pour une utilisation sécurisée

Les interactions médicamenteuses constituent un autre motif de vigilance majeur. L’ANSES appelle à la prudence lors de la prise d’ashwagandha en association avec certains médicaments, notamment les traitements sédatifs, les immunosuppresseurs et les médicaments agissant sur la thyroïde. Ces interactions potentielles, encore insuffisamment étudiées dans le cadre d’essais cliniques rigoureux, peuvent modifier l’efficacité ou la tolérance des traitements conventionnels.

Dans ce contexte, la consultation d’un professionnel de santé avant toute prise de compléments alimentaires contenant de l’ashwagandha est indispensable. L’ANSES recommande également que des précautions d’emploi claires figurent sur l’étiquetage des produits à base de cette plante. Disponible en poudre, en capsules ou en teinture-mère, l’ashwagandha sous toutes ses formes doit être abordée avec la même rigueur que n’importe quel produit à visée santé. Sa longue histoire dans la tradition ayurvédique ne saurait remplacer une évaluation scientifique rigoureuse adaptée aux standards actuels de la safety des compléments alimentaires.